Dessin à l’encre de Chine Femme allongée

 

Femme allongée

Femme allongée

 

Femme allongée

 Amitié de femme

Amitié, doux repos de l’âme,
Crépuscule charmant des cœurs,
Pourquoi dans les yeux d’une femme
As-tu de plus tendres langueurs ?

Ta nature est pourtant la même !
Dans le cœur dont elle a fait don
Ce n’est plus la femme qu’on aime,
Et l’amour a perdu son nom.

Mais comme en une pure glace
Le crayon se colore mieux,
Le sentiment qui le remplace
Est plus visible en deux beaux yeux.

Dans un timbre argentin de femme
Il a de plus tendres accents :
La chaste volupté de l’âme
Devient presque un plaisir des sens.

De l’homme la mâle tendresse
Est le soutien d’un bras nerveux,
Mais la vôtre est une caresse
Qui frissonne dans les cheveux.

Oh ! laissez-moi, vous que j’adore
Des noms les plus doux tour à tour,
O femmes, me tromper encore
Aux ressemblances de l’amour !

Douce ou grave, tendre ou sévère,
L’amitié fut mon premier bien :
Quelque soit la main qui me serre,
C’est un cœur qui répond au mien.

Non, jamais ma main ne repousse
Ce symbole d’un sentiment ;
Mais lorsque la main est plus douce,
Je la serre plus tendrement


Alphonse de Lamartine.
(1790-1869)
Recueil : Recueillements poétiques (1839).
À Madame L. sur son album.

 

Dessin à l’encre de Chine L’homme au chapeau

 

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L'homme au chapeau

 

— Les obstacles sont inventés pour être vaincus quant aux dangers, qui peut se flatter de les fuir ? Tout est danger dans la vie il peut être très dangereux de s’asseoir devant sa table ou de mettre son chapeau sur sa tête il faut d’ailleurs considérer ce qui doit arriver comme arrivé déjà, et ne voir que le présent dans l’avenir, car l’avenir n’est qu’un présent un peu plus éloigné.

Cinq semaines en ballon (1863), jules verne, édition hetzel, coll. les mondes connus et inconnus, 1867, chap. iii, p. 15 – Jules Verne

 

Dessin à l’encre de Chine Les ombres


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Les ombres

Les ombres


Tu es là
en face de moi
dans la lumière de l’amour
Et moi
je suis là
en face de toi
avec la musique du bonheur
Mais ton ombre
sur le mur
guette tous les instants
de mes jours
et mon ombre à moi
fait de même
épiant ta liberté
Et pourtant je t’aime
et tu m’aimes
comme on aime le jour et la vie ou l’été
Mais comme les heures qui se suivent
et ne sonnent jamais ensemble
nos deux ombres se poursuivent
comme deux chiens de la même portée
détachés de la même chaîne
mais hostiles tous deux à l’amour
uniquement fidèles à leur maître
à leur maîtresse
et qui attendent patiemment
mais tremblants de détresse
la séparation des amants
qui attendent
que notre vie s’achève
et notre amour
et que nos os leur soient jetés
pour s’en saisir
et les cacher et les enfouir
et s’enfouir en même temps
sous les cendres du désir
dans les débris du temps

Jacques Prévert