Dessin imaginaire 3 Le serpent

 

Dessin imaginaire 3 le serpent

 

Dessin imaginaire 3 le serpent

 

Le serpent qui danse

Que j’aime voir, chère indolente,
            De ton corps si beau,
Comme une étoffe vacillante,
            Miroiter la peau !

Sur ta chevelure profonde
            Aux âcres parfums,
Mer odorante et vagabonde
            Aux flots bleus et bruns,

Comme un navire qui s’éveille
            Au vent du matin,
Mon âme rêveuse appareille
            Pour un ciel lointain.

Tes yeux où rien ne se révèle
            De doux ni d’amer,
Sont deux bijoux froids où se mêlent
            L’or avec le fer.

A te voir marcher en cadence,
            Belle d’abandon,
On dirait un serpent qui danse
            Au bout d’un bâton.

Sous le fardeau de ta paresse
            Ta tête d’enfant
Se balance avec la mollesse
            D’un jeune éléphant,

Et ton corps se penche et s’allonge
            Comme un fin vaisseau
Qui roule bord sur bord et plonge
            Ses vergues dans l’eau.

Comme un flot grossi par la fonte
            Des glaciers grondants,
Quand l’eau de ta bouche remonte
            Au bord de tes dents,

Je crois boire un vin de bohème,
            Amer et vainqueur,
Un ciel liquide qui parsème
            D’étoiles mon cœur !

   Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

 

 

Dessin imaginaire 2 la danseuse

 

WORDP 1

 

Dessins imaginaires

La Danseuse

Par un jour, la cour du prince convia une danseuse
Accompagnée de ses musiciens.

Elle fut présentée à la cour,
Puis elle dansa devant le prince
Aux sons du luth, de la flûte et de la cithare.

Elle dansa la danse des étoiles et celle de l’univers ;
Puis elle dansa la danse des fleurs virevoltant dans le vent.
Et le prince d’être subjugué.

Il la pria de s’approcher.
Elle se dirigea alors vers le trône
Et s’inclina devant lui.
Et le prince de demander :

« Belle femme, fille de la Grâce et de la joie, d’où vient ton art ?
Comment peux-tu maîtriser la terre et l’air dans tes pas,
L’eau et le feu dans ta cadence ? »

La danseuse s’inclina de nouveau devant le prince et dit :

« Votre Altesse, je ne saurais vous répondre,
mais je sais que :

L’âme du philosophe veille dans sa tête.
L’âme du poète vole dans son cœur.
L’âme du chanteur vibre dans sa gorge.
Mais l’âme de la danseuse vit dans son corps tout entier. »

Khalil Gibran